Un moment avec… Léopoldine Dufour, animatrice à France Bleu Hérault

(Photo à la Une André Hampartzoumiam)

Léopoldine Dufour a un prénom qu’on n’oublie pas ! Mais aussi une voix. Cette picarde de naissance (et de 50 ans) est carnonnaise d’adoption.

Animatrice bien connue des auditeurs de France Bleu Hérault, elle a expérimenté plusieurs horaires, parfois très tôt le matin. En ce moment vous pouvez la suivre de 9h à 11h dans « La vie en bleu », magazine de vie quotidienne, et en duo avec Agnès Mullor pour le jeu « Le grand défi des filles », de 11h à midi.

Je l’ai connue avec sa chronique des « Petites histoires de Léopoldine », dont un livre a été tiré. Ouvrage que j’ai acheté en arrivant à Montpellier il y a 12 ans et qu’elle m’avait dédicacé à la « Comédie du livre ».

Celle qu’on appelle affectueusement « Léo » a bien voulu passer un moment avec moi, sur un mode « questionnaire épicurien » ! La façon dont je relate ses réponses est un mélange de style direct et indirect, car je retranscris une conversation qui s’est tenue à bâtons rompus !

Ton métier :

Pourquoi un jour on décide de faire ce métier, par quelles étapes on passe, est-ce une vocation ?

Avant tout je tiens à préciser que Léo est animatrice, et pas journaliste. Ce n’est pas le même métier, elle n’a pas la même fonction à l’antenne, elle ne présente pas d’infos mais plutôt des magazines, des reportages, tout en triturant des sujets à/de fond, parfois.
J’apprends au passage les mots « hard news » = les actualités et « soft news » = le magazine.

Léo voulait être prof depuis toujours, par passion des lettres et par atavisme familial. Elle a donc suivi le cursus classique, mais la vie en a décidé autrement, par 2 biais incroyables et différents ! Tenez-vous bien, rien de moins que la mort de John Lennon et l’arrivée sur les ondes des radios libres !

Lorsque Lennon est mort, fin 80, la prof d’anglais de Léo est arrivée en larmes en cours, a expliqué pourquoi, et a fait écouter à sa classe « Imagine ». Notre invitée a aimé et a donc commencé à écouter les Beatles, facile, son père avait toute la collection à la maison.

En 1981 Mitterrand (poussé par Lang) autorise le lancement des radios libres et associatives. S’en suit un déferlement sur les ondes, de créativité, de culture, de liberté, de débrouille, d’effervescence, bref l’éclate ! Un pote de lycée qui faisait une émission en 82 pour une de ces nouvelles radios lui demande de venir faire une intervention sur les Beatles à l’antenne. Facile pour celle qui entre temps s’était dégoté un correspondant à Liverpool et avait dévoré tout ce qu’elle avait pu sur le groupe.
Piquée au truc (et le copain sûrement ravi de trouver quelqu’un d’aussi pointu sur le sujet et aimant parler à la radio !), ça a duré plusieurs semaines.
Plus tard, pendant sa fac de Lettres, elle postule à FIP pour payer ses études, et elle se retrouve carrément « Fipette » remplaçante à Reims…! Elle a adoré le micro, les reportages, etc… Elle passe de remplaçante à pro, sans plus jamais s’arrêter depuis.

Qu’est ce qui est le plus gratifiant dans ton métier ?

« La radio est un média fabuleux qui nous permet d’être des passeurs et il y a une rapidité qu’il n’y a pas à la télé. Et en radio locale c’est la proximité qui me plait. On rencontre les gens qui nous écoutent et on vit comme eux. Offrir des choses aux auditeurs à l’antenne et avoir leur retour, leur permettre de faire des activités qu’ils n’auraient pas osé faire sans nous, c’est gratifiant, je me sens utile, je fais alors pleinement mon métier de passeur. »

Que t’a appris ta profession ?

« L’écoute, qui est je crois, la clé de l’interview. Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est quand tu écoutes que les gens donnent le meilleur.
Je suis quelqu’un de scolaire : par exemple lorsque je vais interviewer un écrivain j’ai besoin d’avoir tout lu de cette personne, pour être au point. Je prends plein de notes. Mais tout ça me permet justement de m’en détacher et de pouvoir être libre, de poser les questions essentielles ». « J’espère que mon métier m’a aussi appris la concision ! » ajoute-t-elle.
Je lui parlais d’ailleurs de la difficulté pour quelqu’un qui n’est pas du métier, du fait d’écouter tout en prenant des notes. 😉 Du coup, je l’ai enregistrée !

Un beau souvenir dans ta carrière ? Spontanément, sans réfléchir ?

« Ma rencontre avec Léon Zitrone ! » On lui a lancé le défi, quand elle est arrivée à Montpellier en 89, d’aller l’interviewer à la Grande-Motte où il était en thalasso. Allez savoir ce qui s’est passé, en entendant qu’une « Léopoldine » voulait lui parler, il a accepté l’appel !! Et même : « Tout ce que vous voudrez, je ne peux rien refuser à une Léopoldine » ! Pour quelqu’un qui n’aimait pas son prénom, petite, on peut dire que ça lui sert en tant qu’adulte ! Du coup, Léon Zitrone est venu à l’antenne où Léo l’a interviewé une heure.
La preuve ? Une photo ! Pour une jeune femme de 22 ans à l’époque, pas mal non ?

«Il y a eu plein d’autres belles rencontres. Des écrivains, comme Jean d’Ormesson, charmant et qui envoyait toujours un petit mot après, ou un bouquet de fleurs, et des acteurs, puisque j’anime plus dorénavant, d’avant-premières au cinéma. » Il y a moins de place pour les écrivains à la radio, c’est dommage.

Qu’aurais-tu fait dans l’absolu si tu n’exerçais pas ton métier ?

« Je n’ai aucun regret de n’être pas devenue prof… Probablement quelque-chose avec les livres, comme libraire, peut-être. Petite, pendant peu de temps j’ai voulu être factrice, car j’adorais déjà écrire et faire de belles enveloppes décorées, et je me disais que les facteurs voyaient passer de belles enveloppes ! »

Quelle est la personne qui t’inspire, qui a pu te guider ?

« Dans le métier, Aline Pailler, qui était journaliste-animatrice et qui a fait de la politique également. Toulousaine, elle avait une émission sur FR3 dans les années 90, et a bossé à France Inter. Je la trouvais extraordinaire en interview, très à l’écoute et c’était pour moi un vrai modèle. J’ai été à une époque très fan de Jean-Luc Delarue, à l’époque de la Grande Famille ».

Passons aux choses douces…

Un plat que tu aimes préparer ou déguster ?

« C’est très lié à l’enfance. Puis-le dire ?… De la purée avec un bifteck haché, c’était le repas du mercredi chez ma grand-mère ! Mon autre aïeule faisait des boulettes de pommes de terre, que je ne sais pas refaire d’ailleurs… »

Une gourmandise favorite ?

« La religieuse au café, depuis toute petite. Je me souviens que mon grand-père me piquait toujours le chapeau ! »

Une odeur, un parfum qui t’émeut ?

« L’eucalyptus, une vraie madeleine de Proust ! Chez ma grand-mère cela sentait soit la tarte aux pommes, soit l’eucalyptus car elle faisait chauffer des casseroles de ces feuilles pour assainir l’air.»,

Un artiste ou un album que tu écoutes en boucle ?

On a compris qu’elle aimait les Beatles ! « Oui les Beatles par périodes, mais aussi un album appelé « Mozart l’Egyptien », sorti il y a 15 ou 20 ans, mélange de Mozart et de musique égyptienne». Le père de Léo lui a également fait aimer la musique classique. « C’est un mélange très réussi d’airs de Mozart, surtout le Requiem, mixés de plages de musique orientale, c’est envoûtant ».
Je suis allée écouter sur internet car je ne connaissais pas, c’est assez rythmé et le mélange est étonnant !

Un son apprécié, ou même une voix ?

« Le bruit des vagues, de la mer »

Une matière que tu aimes toucher ?

« La fourrure de mon chat »

Un objet fétiche ?

« J’ai beaucoup de bibelots, d’objets, mais je pense que mon oreiller est hyper important ! »

Un livre de chevet ? (sachant que Léopoldine est une dévoreuse de livres…)

« Ça pourrait être la Bible ! Mais je ne suis jamais déçue par un livre de David Lodge, j’adore son humour anglais, son décalage, même sur des choses difficiles et tristes ».

Un film préféré ou un réalisateur?

« 4 mariages et un enterrement » ! Figure-toi que j’ai interviewé Hugh Grant, quand il n’était pas célèbre ! Il tournait à Reims une série qui s’appelait « Champagne Charlie » sur la vie de Charles Heidsieck. Il parle un français délicieux.

Mais c’est souvent, finalement, le dernier film que j’ai vu. Là, sans hésiter “Au revoir là-haut” de Dupontel. J’avais énormément aimé le livre et le film m’a emballée. Il fait quelques pas de côté par rapport au bouquin, mais l’esprit est le même. Dupontel a recréé les images que je m’étais faites à la lecture, avec ce grain si particulier des images des tranchées, le côté chromo du Paris des années 20, et les masques sublimes dans le style dadaïste. Et le comédien Nahuel Perez Biscayart qui ne joue qu’avec le regard et le corps (il porte un masque) est extraordinaire. Ce film m’a autant bouleversée que le livre.

L’endroit de ta ville que tu préfères ?

« La plage »

Un lieu pour te ressourcer ?

« L’Aigoual et Camprieu »

Une passion ou tout-au moins une occupation préférée ?

« L’équitation, même si je ne monte plus assez à mon goût ! »

Qu’est-ce que tu trouves innovant ou carrément magique à notre époque ?

« Internet. Et en même temps je suis partagée, c’est parfois dramatique. Pour le boulot ça m’a incroyablement simplifié la vie, en termes de recherches. Internet mais aussi le numérique, on ne part plus en reportage avec un « Nagra » de 12 kgs sur l’épaule ! »

De quoi as-tu la nostalgie ?

« De l’avant internet, paradoxalement ! Outre les dangers et le flot de tout et n’importe quoi que les jeunes prennent pour argent comptant, il y avait un temps béni où on n’était pas noyé sous ce flot permanent. Il est dur de se libérer de ça maintenant. Cela fait même parfois trop d’émotions à gérer et il est dur de faire la part des choses »

Et pour finir, aimes-tu les dimanches ?

« Oui, j’aime ce temps de « vacance », un temps disponible, où tu peux te permettre de ne rien faire ou de recevoir des amis, je trouve ça agréable »

Merci Léo, pour ce moment passé avec toi et pour tes réponses sincères et chaleureuses. 🙂

4 thoughts on “Un moment avec… Léopoldine Dufour, animatrice à France Bleu Hérault”

  • Anne,c’est toujours un plaisir de vous lire,et particulièrement ce “retour” sur Léo,icône de notre radio ,appréciée de tous et que l’on veut garder encore longtemps……………Merci

    • J’ai adoré ” l’interviewer”, au point que je me demande si je ne vais pas continue dans cette voix de moments passés avec des gens divers, pour parler de leur métier. A voir…

  • Quel bel article où je retrouve absolument ma fille, ma douce Léopoldine! Un rappel de ce qui l’a construite et menée à ce qu’elle est devenue: une belle jeune femme, généreuse et épanouie, dans la vie et dans son métier! C’est très émouvant de revivre, par les mots d’Anne, le parcours de quelqu’un qui est au cœur de notre vie. Merci chaleureusement, Anne!

    • C’était avec plaisir (s) ! Plaisir du moment partagé, plaisir de la réécouter et plaisir d’écrire cet article ensuite. Tout repose sur la richesse de ses réponses ! Merci à vous d’avoir écrit ce commentaire, quoi de plus idéal pour moi, que d’avoir le “retour” d’une mère ?! 🙂

Un commentaire me ferait super plaisir ! ;)

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